Romuald Wadagni : les 100 premiers jours de son septennat
Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni a officiellement pris ses fonctions de président de la République du Bénin, après son élection à l’issue du scrutin présidentiel du 12 avril. Il succède à Patrice Talon, dont il a été le ministre de l’Économie et des Finances pendant dix ans. Son arrivée au Palais de la Marina ouvre un nouveau septennat, avec une question centrale : comment prolonger les réformes engagées ces dernières années tout en répondant davantage aux préoccupations quotidiennes des populations ?
Dans son discours d’investiture, le nouveau président a placé plusieurs sujets au cœur de son mandat : emploi des jeunes, accès aux soins, agriculture, eau potable, électricité, logement et infrastructures. Il a également annoncé une attention particulière aux femmes, aux agriculteurs et à la diaspora. Sur le plan sécuritaire, il a promis de poursuivre les investissements au profit des forces de défense et de sécurité, tout en associant la lutte contre l’insécurité au développement des territoires.
Une nouvelle organisation du travail gouvernemental
Quatre jours après son investiture, Romuald Wadagni a présidé son premier Conseil des ministres. Lors de cette réunion du 28 mai, il a rappelé aux membres du gouvernement que leur nomination constituait une responsabilité au service de la Nation. Il a également retenu plusieurs principes pour guider leur action, notamment l’intérêt général, l’intégrité, la sobriété et la responsabilité.
Le fonctionnement du gouvernement a par ailleurs été réorganisé. Le Conseil des ministres, auparavant hebdomadaire, est désormais prévu chaque premier mercredi du mois. Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées en cas de besoin. Entre deux Conseils des ministres, des Comités interministériels sont programmés deux fois par mois afin d’assurer le suivi des dossiers.
Dès les premières semaines, deux priorités ont été mises en avant : la lutte contre la pauvreté et la défense du territoire. Le président a notamment fixé comme objectif de réduire la pauvreté et de mieux répartir le développement entre les différentes communes.
Un budget réajusté
Le premier grand rendez-vous économique du nouveau pouvoir intervient le 3 juin. Le Conseil des ministres adopte alors un projet de loi de finances rectificative qui porte le budget de l’État de 3 783,984 milliards à 4 086,620 milliards de FCFA, soit une hausse de 8 %. La prévision de croissance pour 2026 reste fixée à 7,5 %. Les dépenses d’investissement doivent progresser de 8,5 %, tandis que les recettes budgétaires sont annoncées en hausse de 2 %.
Les nouveaux arbitrages accordent une place à la protection sociale, à l’éducation, à la santé, aux infrastructures et à l’agriculture. Le dispositif d’assurance maladie obligatoire doit notamment être renforcé, tandis que des ressources supplémentaires sont prévues pour certaines catégories vulnérables. Le gouvernement annonce également l’accélération du programme de supplémentation nutritionnelle destiné aux enfants durant leurs 1 000 premiers jours.
Dans l’éducation, l’une des mesures annoncées concerne la gratuité des frais de scolarité pour les filles de l’enseignement secondaire général à partir de la rentrée 2026-2027. Le gouvernement prévoit aussi la construction de magasins pour les cantines scolaires. Dans le secteur sanitaire, des crédits sont consacrés à la construction et à la réhabilitation d’infrastructures, ainsi qu’à la nouvelle phase opérationnelle du Centre hospitalier international de Calavi.
Agriculture, infrastructures et activité économique
L’agriculture figure également parmi les secteurs retenus dans les premiers arbitrages. Le soutien aux intrants agricoles est maintenu afin notamment d’atténuer l’impact de la hausse des prix sur les producteurs. Les orientations annoncées portent aussi sur la mécanisation, les semences, le financement des exploitations et la transformation des productions.
Les infrastructures restent liées à ces ambitions. Dans son discours d’investiture, Romuald Wadagni avait insisté sur l’importance des routes pour faciliter l’écoulement des productions agricoles. L’eau et l’énergie font également partie des préoccupations affichées. Des points d’eau sont notamment prévus dans des écoles et des centres de santé. En juillet, le président participe au Forum africain de l’Eau à N’Djamena, consacré notamment au financement des infrastructures hydrauliques et à la sécurité de l’eau.
Une autre décision touche directement les acteurs des marchés. Le Conseil des ministres du 1er juillet autorise une réduction des redevances mensuelles appliquées aux espaces marchands des marchés urbains et régionaux des pôles commerciaux Tokpa Yôyô et agroalimentaire Tokpa Daho. La mesure intervient après des doléances formulées par des marchands et exploitants.
Les premiers rendez-vous diplomatiques
La diplomatie constitue un autre volet des 100 premiers jours. Du 1er au 10 juin, Romuald Wadagni effectue une série de visites dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Nigeria, Niger, Burkina Faso, Togo, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali et Guinée-Bissau figurent parmi les étapes de cette première séquence diplomatique.
Les échanges portent notamment sur la sécurité, le commerce, la coopération économique et l’intégration régionale. Le choix de ces destinations intervient dans un contexte de recomposition des relations en Afrique de l’Ouest. Pour le Bénin, il s’agit notamment de maintenir le dialogue avec ses voisins et les autres pays de la région, malgré les évolutions politiques et sécuritaires en cours.
Le président se rend également à Bruxelles le 24 juin pour une visite de travail auprès des institutions européennes. Avec les responsables de l’Union européenne, les discussions portent sur l’industrialisation, la transformation économique, le développement territorial, la sécurité dans le nord du Bénin et le financement d’infrastructures durables.
Le partenariat avec l’Union européenne doit notamment concerner les chaînes de valeur agricoles, les infrastructures liées au Port de Cotonou, la formation professionnelle, les énergies renouvelables et les transports. La question du financement de projets liés au climat figure également parmi les sujets abordés.
Les principaux choix du nouveau pouvoir
Au terme de ces premières semaines, plusieurs secteurs apparaissent dans les priorités du nouveau pouvoir : protection sociale, éducation, santé, agriculture, infrastructures, eau, énergie et sécurité. Sur le plan extérieur, les déplacements effectués montrent également l’importance accordée aux relations avec les pays voisins, l’espace ouest-africain et l’Union européenne.
Mais ces 100 premiers jours ne constituent pas encore un bilan des résultats. Plusieurs décisions prolongent des programmes engagés avant le 24 mai, tandis que certaines nouvelles mesures n’ont pas encore produit d’effets mesurables. Il faudra donc du temps pour apprécier leur impact sur l’emploi, les revenus, les services publics et les conditions de vie.
Les premiers mois du mandat permettent surtout d’identifier les choix du nouveau président et les secteurs auxquels il entend donner la priorité. La suite du septennat dira dans quelle mesure ces orientations se traduiront dans le quotidien des Béninois.
Hervé Ganhouégnon
Sponsorisé · MATANTI