Guinée-Bissau : les conséquences possibles du référendum constitutionnel
Les Bissau-Guinéens ont voté dimanche 30 août sur un projet de nouvelle Constitution qui prévoit de modifier en profondeur l’organisation du pouvoir. Le texte propose notamment de renforcer les prérogatives du président de la République et de réduire le nombre de députés. Alors que le dépouillement se poursuit, le scrutin pourrait ouvrir une nouvelle étape dans la transition politique engagée après le coup d’État de novembre 2025.
Le changement le plus important concerne le fonctionnement de l’exécutif. Le projet de Constitution prévoit de passer du système actuel, dans lequel le Premier ministre est issu de la majorité parlementaire, à un régime présidentiel.
En cas d’adoption, le président pourrait nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement. Il présiderait également le Conseil des ministres et disposerait du pouvoir de dissoudre le Parlement dans certaines conditions.
Pour les autorités de transition, cette réforme doit permettre de réduire les conflits qui ont régulièrement opposé la présidence et le gouvernement et qui ont contribué à l’instabilité politique du pays.
La réforme est toutefois loin de faire l’unanimité. Des formations de l’opposition ont appelé au boycott du référendum, dénonçant notamment les conditions dans lesquelles le projet a été élaboré et les restrictions imposées aux libertés publiques.
Un Parlement réduit de 102 à 65 députés
Le projet prévoit également une réduction importante du nombre de sièges au Parlement. L’Assemblée passerait de 102 à 65 députés.
Les autorités de transition présentent cette réduction comme un moyen de rendre les débats parlementaires plus simples et de faciliter le fonctionnement de l’institution. Pour ses détracteurs, elle pourrait en revanche réduire la représentation des différentes forces politiques, notamment celle des formations disposant de moins de moyens.
La réforme modifierait donc à la fois l’équilibre entre l’exécutif et le Parlement et la manière dont les différentes formations politiques seraient représentées au sein de l’Assemblée.
Une réforme au cœur de la transition
Le référendum intervient moins d’un an après le coup d’État qui a renversé le président Umaro Sissoco Embaló en novembre 2025. Les militaires avaient alors suspendu le processus électoral et installé le général Horta N'Tam à la tête de la transition.
Le calendrier prévoit désormais un retour aux urnes avec des élections présidentielle et législatives annoncées pour le 6 décembre 2026. Le référendum intervient donc à quelques mois de ce scrutin qui doit permettre le retour à un pouvoir civil.
C’est ce qui donne au vote constitutionnel une portée particulière. Si le « oui » l’emporte, les prochaines élections se dérouleront dans un cadre institutionnel différent, avec un président disposant de prérogatives plus importantes et un Parlement moins nombreux.
Une participation encore à surveiller
Le vote s’est déroulé sans grande affluence dans plusieurs bureaux, notamment dans la capitale, après de fortes pluies. La participation est estimée à près de 55 % selon les premières données communiquées lundi. Les opérations de dépouillement se poursuivent et les premiers résultats provisoires sont attendus dans les prochains jours.
Cette participation sera particulièrement observée dans un scrutin marqué par l’appel au boycott lancé par une partie de l’opposition. Elle permettra aussi de mesurer l’adhésion de la population à une réforme qui touche directement à l’organisation du pouvoir.
Quel avenir politique après le vote ?
Au-delà du résultat du référendum, la principale question reste celle de la suite de la transition. La Guinée-Bissau doit encore organiser les élections annoncées en décembre et permettre le retour à un pouvoir civil.
Si le nouveau texte est approuvé, le prochain président disposera d'un cadre institutionnel beaucoup plus favorable à l’exercice direct du pouvoir exécutif. Pour les autorités, cette nouvelle organisation doit aider le pays à sortir des crises politiques à répétition. Pour l’opposition, elle risque au contraire de concentrer davantage les pouvoirs entre les mains de l’exécutif.
Le résultat du référendum sera donc la première réponse. Mais la stabilité du pays dépendra aussi de la manière dont la nouvelle architecture institutionnelle sera appliquée et de la crédibilité des élections prévues en décembre.
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