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Société

Restrictions de la campagne de transhumance 2026-2027 au Bénin : Impacts économiques et sécuritaires

H Hervé 4 min de lecture 978 lectures
Restrictions de la campagne de transhumance 2026-2027 au Bénin : Impacts économiques et sécuritaires

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Les articles 6 et 7 de l’arrêté interministériel (interdiction du pâturage et des déplacements nocturnes, fermeture des aires protégées sauf espaces dédiés) produisent des effets mesurables sur deux plans prioritaires : l’économie pastorale et agricole d’une part, la sécurité territoriale et communautaire d’autre part.

Sur les éleveurs. L’interdiction nocturne allonge les temps de parcours. Les troupeaux doivent s’arrêter plus tôt, multiplier les haltes diurnes et s’organiser autour de points d’eau et de fourrage disponibles uniquement de jour. Cela augmente les besoins en alimentation complémentaire et en eau.

Les grands opérateurs, disposant de moyens logistiques et de main-d’œuvre, absorbent plus facilement ces coûts. Les petits éleveurs, dont les marges sont déjà étroites, supportent un surcoût relatif plus élevé. La fermeture des aires protégées réduit encore l’espace pastoral disponible. Les parcours s’allongent, les troupeaux se concentrent sur les zones autorisées, ce qui accroît le risque de surexploitation locale et de concurrence pour les ressources.

Le stress animal lié aux modifications d’itinéraires peut affecter la productivité laitière et la croissance. À moyen terme, ces contraintes poussent une partie des éleveurs vers plus de sédentarisation ou vers des pratiques irrégulières, avec un risque de dualisation du secteur : avantage aux acteurs mieux capitalisés, pression sur les plus modestes.

Sur l’agriculture et les collectivités. La réduction attendue des dégâts nocturnes dans les champs améliore la sécurisation des investissements agricoles et diminue les litiges. Les collectivités qui accueillent les flux concentrés subissent en revanche une pression foncière accrue et un risque de saturation des espaces pastoraux dédiés.

À l’échelle nationale, le secteur de l’élevage (environ 15 % du PIB agricole, cheptel bovin supérieur à 2,5 millions de têtes) voit ses coûts de production augmenter. La compétitivité face aux circuits informels ou aux importations peut s’en trouver affectée si les alternatives (espaces aménagés, fourrage cultivé, points d’eau) ne sont pas suffisamment opérationnelles.

Impacts sécuritaires

Effets recherchés. La nuit reste le moment privilégié des vols de bétail, des mouvements discrets et des infiltrations. L’interdiction des déplacements nocturnes vise à rendre les flux plus visibles et traçables de jour, facilitant le contrôle administratif et la distinction entre mobilité légitime et activité criminelle.

Elle réduit également les destructions de cultures difficiles à attribuer, limitant ainsi les cycles de représailles et les tensions communautaires. Dans un contexte régional où la criminalité transfrontalière et les groupes armés peuvent se nourrir des circuits pastoraux, la mesure constitue un instrument de contrôle territorial et de prévention des conflits.

Risques et limites. L’efficacité dépend entièrement de la capacité réelle de surveillance. Les effectifs des services d’élevage et des forces de sécurité restent insuffisants dans de nombreuses zones rurales isolées. Une application intermittente ou sélective affaiblit la crédibilité de la règle et peut générer des perceptions d’inégalité.

La concentration des troupeaux sur les espaces autorisés crée de nouveaux points de friction potentiels avec les communautés locales. Si les espaces pastoraux dédiés (objectif affiché d’environ 933 km²) ne sont pas correctement aménagés et gérés, la pression se déplace plutôt qu’elle ne disparaît.

Les restrictions visent à réduire les zones grises de la mobilité pastorale et à abaisser le niveau de conflit. Leur impact économique se traduit par une hausse des coûts pour les éleveurs et un gain de sécurité pour les agriculteurs, tandis que leur impact sécuritaire repose sur un contrôle effectif qui n’est pas encore garanti partout. Le résultat final dépendra moins du texte réglementaire que de la présence de l’État sur le terrain et de la réalité opérationnelle des espaces alternatifs proposés aux éleveurs.

Par Yêdafou KOUCHÉMIN / nŭdokàn

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