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Politique

72 heures : le délai du député Armand Gansè à l’assurance béninoise

H Hervé 4 min de lecture 1,086 lectures
72 heures : le délai du député Armand Gansè à l’assurance béninoise

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Au Bénin, un accident de la route ne tue pas qu’une fois. La lenteur d’indemnisation ruine les familles et détruit la confiance dans l’assurance. La proposition d’un député d’imposer un paiement en 72 heures est bien plus qu’administrative. Elle est politique et structurelle.

Derrière la proposition du député Armand Gansè d’imposer l’indemnisation des sinistres automobiles en 72 heures se joue bien davantage qu’une question de célérité administrative. Elle interroge la capacité réelle du Bénin à convertir une obligation d’assurance largement formelle en instrument effectif de protection et de résilience économique.

Dans un pays où les accidents de la route tuent environ 3 200 personnes par an et coûtent entre 1 et 1,5 % du PIB, la lenteur chronique des indemnisations (souvent plusieurs mois) aggrave la pauvreté secondaire, détruit la confiance des citoyens et bloque le développement d’un marché de l’assurance qui reste parmi les plus faibles de la zone UEMOA.

La proposition révèle les rapports de force : assureurs soucieux de préserver leur cash-flow et de limiter le risque moral, victimes en situation de détresse immédiate, État pris entre son rôle de régulateur et celui de garant de dernier recours via le Fonds de Garantie Automobile (FGA-Bénin), et des institutions (police, experts, justice) qui produisent structurellement du délai. Ce débat est un test de maturité institutionnelle.

L’État face à ses propres limites

L’efficacité institutionnelle béninoise reste le principal goulet d’étranglement. Constats d’accident, expertises contradictoires, consolidation médicale et circuit judiciaire forment une chaîne à très forte friction. Imposer 72 heures sans avoir digitalisé massivement ces étapes revient à transférer le risque opérationnel vers les assureurs sans leur donner les outils de maîtrise. C’est un classique de la gouvernance africaine : bonne intention, faible capacité d’exécution.

Le marché de l’assurance non-vie béninois souffre d’une faible densité de primes et d’une sinistralité élevée. Les compagnies vivent dans la crainte d’un durcissement brutal des conditions d’indemnisation qui dégraderait leurs ratios combinés. Sans augmentation parallèle des primes (politiquement coûteuse), le risque est une réduction de l’offre ou une plus grande fragilisation du FGA-Bénin, donc de la collectivité.

Aujourd’hui, ce sont les victimes et leurs familles qui financent, par leur appauvrissement, l’inefficacité du système. Cette socialisation inversée des coûts est profondément anti-développement. Une indemnisation rapide modifierait radicalement la courbe de résilience des ménages touchés.

72 heures, un miroir

Ce débat révèle un phénomène plus large : la difficulté des États africains à passer de réformes par décret à des réformes par infrastructure de confiance. Le Bénin, comme plusieurs pays de la région, découvre que la transformation structurelle bute moins sur la législation que sur la capacité réelle de l’administration et de la justice à produire de la rapidité et de la prévisibilité. Le délai de 72 heures devient le thermomètre impitoyable de cette maturité.

La vraie question que les autorités béninoises doivent trancher n’est pas de savoir s’il faut 72 heures. C’est de savoir si elles sont prêtes à construire, en parallèle, les infrastructures numériques, humaines et judiciaires qui rendent ce délai crédible. Faute de quoi, la mesure restera un signal vertueux sans effet réel — ou, pire, un facteur de déstabilisation d’un secteur déjà fragile.

La proposition Gansè oblige le Bénin à choisir : soit il accepte de construire sérieusement les fondations d’un véritable système assurantiel moderne (digitalisation, réforme profonde de la chaîne de constat-expertise-justice, ajustement tarifaire transparent), soit il continue de faire porter aux plus vulnérables le coût réel de la modernisation qu’il n’arrive pas à mettre en œuvre.

Le délai de 72 heures n’est pas une réforme. C’est un miroir. La façon dont le pays y répondra en dira long sur sa trajectoire réelle de développement au cours de la prochaine décennie.

Par Yêdafou KOUCHÉMIN

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